Mondialisation et production laitière en Australie / Globalisation and milk production in Australia

A des milliers de kilomètres de la France et de ses producteurs laitiers furieux contre Lactalis, nous voilà dans la Kangaroo valley. Havre de verdure, pays de producteurs bovins et de maraîchage avec une pluviométrie annuelle annoncée à 1200 millimètres (comme la Bretagne) et des terres fertiles, la vie semble ici dynamique et de nombreux jeunes viennent lancer leurs cafés ou restaurants dans le centre du village après des expériences réussies à la ville. C’est également une zone touristique appréciée pour cette nature verdoyante mais aussi pour ces vaches blanches et noires.

Mais voilà, dérèglement climatique ou variation surprenante, les producteurs locaux subissent depuis deux ans une sécheresse exceptionnelle, un record depuis les années 50.

Dans cette région qui comptait il y a encore une vingtaine d’années plus de cinquante éleveurs laitiers, on n’en retrouve aujourd’hui plus que 5, qui, contre vents et marées, et surtout pour faire perdurer des fermes transmises de génération en génération, continuent de se battre pour livrer du lait.

Un litre de lait coûte en période de sécheresse 70 centimes aux producteurs, tandis qu’en temps normal il revient à 40 centimes de moyenne. Le problème, c’est que comme beaucoup de produits agricoles, ce prix est indexé sur un marché global qui ne tient pas compte des problèmes locaux. Ce prix varie mais tourne en ce moment aux alentours des 50 centimes…

Ce mode de vie est de plus en plus compliqué face aux multinationales et aux élevages énormes et monstrueux. Eux peuvent encaisser les investissements lourds, eux peuvent subir de lourdes pertes. Mais qu’en est-il de ces familles ? Ces familles qui ne peuvent même plus nourrir leurs bêtes comme ils le souhaiteraient. La tonne de paille est passée de 140 dollars à presque 500 dollars la tonne…

Et bien les locaux se sont mobilisés. Ils ont décidé de créer un fond d’entraide et ont levé plus de 30 000 dollars pour les agriculteurs, une bien maigre consolation mais qui fait toujours plaisir. (source ici) Elle donne du courage et un support moral à des populations qui sont en dépression et qui ne savent plus quoi faire. Pourquoi pas un jour créer un label Fairtrade pour les producteurs locaux ?

Ils ont aussi décidé d’acheter leur lait plus cher à des supermarchés qui ont « profité » du mauvais sort qui s’acharne sur ces producteurs pour réaliser une opération marketing « au grand cœur », en décidant de reverser cette part directe aux producteurs (à quels producteurs au juste? cette opération prête à controverse mais fonctionne très bien auprès du public). Cette part de 10 centimes de plus au litre lève une somme d’argent importante sachant la consommation élevée de lait chez les australiens, le double de nous autres français.

Les gens de Kangaroo valley sont même prêts à l’impossible, créer une plateforme coopérative pour transformer et embouteiller le lait. Un investissement à hauteur d’un million de dollars mais qui permettrait de garder des producteurs sur place et de créer des circuits courts indépendants des prix du marché global.

A l’heure où l’on parle de production locale, de pollution des transports, de la mainmise du marché par quelques multinationales ou de la financiarisation de denrées alimentaires, voilà peut être une solution au problème. Sortir du réseau de distribution globale et recréer son propre système.

Pour que ces fermiers qui travaillent souvent 7 jours sur 7, qui se battent pour rembourser souvent des emprunts importants et pour ne pas perdre leur bétail, et qui émotionnellement sont dans un état de faiblesse de plus en plus inquiétant, puissent survivre et continuer leur activité.

Il est inimaginable pour les habitants de cette vallée verdoyante et qui a toujours eu des producteurs laitiers sur place que dans un futur proche il n’y ait plus de ferme laitière dans la vallée… mais pourtant c’est bien la direction que prendra les choses si la population locale ne s’en mêle pas. Et cette situation est malheureusement semblable dans de nombreux pays du monde. Serait-il temps d’émettre des lois sur la protection des denrées alimentaires et les sortir du marché financier global ?

Thousands of kilometers from France and its dairy farmers furious against the big company Lactalis, here we are in the Kangaroo valley. A haven of greenery, a country of cattle farmers and market gardeners with an annual rainfall of 1200 millimeters (like French Brittany) and fertile land, life seems dynamic here. Some young people come to launch their cafés or restaurants in the center of the village after successful experiences in the city. Kangaroo valley is a tourist area appreciated for its green nature but also for its white and black cows.

But here, as an effect of climate change or as Donald Trump would say « something happening », the local producers are going through an exceptional drought since two years, a record since the 50’s.

In this region which had more than fifty dairy farmers about twenty years ago, there are now only 5, which, against all odds, try to keep on farming, and to pass their land down from generation to generation. They continue to struggle to deliver milk.

One liter of milk costs to a producer 70 cents in drought times, while in normal times it costs around 40 cents. The problem is that like many agricultural products, this price is indexed in a global market that does not take into account local problems. This price varies but is currently running around 50 cents ...

This way of life is more and more complicated in the face of multinationals which own huge and monstrous farms and are able to cope with severe unforeseen events. They can cash in heavy investments, they can suffer heavy losses. But what about these families? Those families that are not able anymore to feed their cattle as they would like to. The price of hay is now around 500 dollars the ton instead of something around 150.

Well the local population has mobilized. They decided to create a mutual fund and raised more than $ 30,000 for farmers, a small consolation but still a nice gift. (source here) It gives courage and moral support to people who are emotionally touched and do not know what to do.

They have also decided to buy their milk at an increased price in the supermarkets who have "taken advantage" of the bad fate that persecutes these producers to carry out a "big heart" marketing operation, deciding to pay this extra money to the producers ( to which producers? This operation is controversial but quite successful). This share of 10 cents more per liter raises a large sum of money knowing the high consumption of milk among Australians, the double of what French people consume a year.

The Kangaroo valley community is even ready for the impossible, creating a cooperative platform to process and bottle milk. An investment up to a million dollars but that would keep its producers in place and create short circuits independent of the global market prices.

At a time when there is talk of local production, of transportation pollution, of the control of the market by some multinationals or the financialization of food treated as commodities, this may be a solution to the problem. Exit the global distribution network and recreate one's local own system.

In order that those farmers who often work seven days a week, who often fight to repay large loans and not to lose their livestock, and who are emotionally weaker, can survive and continue their activity .

It is unimaginable for the inhabitants of this green valley which has always had dairy farmers on site that in the near future there would be no more dairy farm in the valley ... yet it is the direction that things will take if the local population does not interfere. And this situation is unfortunately similar in many countries of the world. Is it time to elaborate food protection laws and remove them from the global market and the financial game ? Why not in the future create a Fairtrade label for local producers ?


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